Extrait du Journal n°49 - L'empereur, l'ermite et l'inconnu

Écrit par sagesse chinoise

Mots-clés : culture, conte

Publié 01/02/2015

Voici un conte merveilleux pour qui se demande compulsivement quand agir, quoi faire, et avec qui.

Un jour un empereur décida que s’il connaissait la réponse à trois questions, il saurait toujours quoi faire, quoi qu’il arrive, sans tergiverser, sans être obligé de trop s’interroger. Il fit annoncer dans le royaume que si quelqu’un pouvait répondre à ses trois questions, il lui donnerait une grosse récompense.

Les questions étaient les suivantes :

  • Quel est le meilleur moment pour agir ?
  • Qui sont les êtres les plus importants ?
  • Quelle est la chose la plus importante ?

L’empereur reçut de nombreuses réponses qui ne le satisfirent pas. Il finit par se rendre au sommet d’une montagne afin de consulter un sage ermite. A son arrivée, il posa ses trois questions. L’ermite qui creusait dans son jardin, l’écouta avec attention et reprit son ouvrage sans piper. L’empereur remarqua bientôt à quel point il était fatigué.

« Donnez-moi cette pelle, lui dit-il. Je vais creuser pour vous permettre de vous reposer un peu. »

L’ermite se reposa donc pendant que l’empereur creusait. Après avoir creusé pendant plusieurs heures, l’empereur était très fatigué. Il dit :

« Si vous ne pouvez pas répondre à mes questions, dites-le moi, et je partirai.

Entendez-vous ce bruit ? » demanda soudain l’ermite en montrant du doigt l’orée du bois.

Un homme apparut ; il se tenait le ventre. Il s’effondra quand l’ermite et l’empereur arrivèrent près de lui. Ils virent alors qu’il souffrait d’une profonde coupure. L’empereur nettoya la blessure et la pansa avec sa chemise. L’homme reprit conscience et réclama de l’eau. L’empereur courut vers un ruisseau voisin et lui apporta de quoi boire. L’homme but, reconnaissant, et s’endormit.

L’ermite et l’empereur portèrent l’homme dans la hutte où ils le couchèrent sur le lit de l’ermite. A ce moment-là, épuisé lui aussi, l’empereur s’endormit.

Le lendemain matin, quand l’empereur se réveilla, le blessé le regardait :

« Pardonnez-moi, lui murmura l’homme.

Vous pardonner ? fit l’empereur en se redressant. Qu’avez-vous fait qui mérite mon pardon ?

Vous ne me connaissez pas, votre Majesté, mais je vous considérais comme mon ennemi juré. Pendant la guerre, vous avez tué mon frère et pris nos terres. J’ai juré de me venger et de vous tuer. Et hier, je vous ai guetté, mais pour on ne sait quelle raison, vous n’êtes pas revenu. J’ai quitté ma cachette pour vous retrouver. Vos gardes m’ont surpris et, me reconnaissant, m’ont attaqué et grièvement blessé. J’ai fui, mais si vous ne m’aviez pas aidé comme vous l’avez fait, je serais mort. Vous m’avez sauvé la vie. Je suis honteux et très reconnaissant. Pardonnez-moi, s’il vous plait. »

L’empereur était ébahi.

« Je suis désolé de la souffrance que je vous ai causée. Soyons amis dorénavant. »

Après le départ de l’homme, l’empereur se tourna vers l’ermite.

« Il faut que je parte et que je trouve les réponses à mes trois questions. »

L’ermite rit et dit :

« Vos questions ont déjà leurs réponses. Si vous ne m’aviez pas aidé à creuser mon jardin hier, ce qui vous a retardé, vous auriez été attaqué sur le chemin du retour.Le moment le plus important pour vous a donc été celui où vous creusiez mon jardin. La personne la plus importante, c’était moi, celui avec qui vous vous trouviez, et l’occupation la plus importante était simplement de m’aider. Plus tard, quand le blessé est arrivé, le moment le plus important était celui que vous avez passé à soigner sa blessure, sinon il serait mort et vous n’auriez jamais eu l’occasion d’accorder votre pardon et de vous faire un nouvel ami. A cet instant, il était la personne la plus importante et l’occupation la plus importante était de soigner sa blessure. Le moment présent est le seul qui compte. La personne la plus importante est toujours celle avec qui vous vous trouvez. Et l’occupation la plus importante est de rendre heureuse la personne à votre côté. Que pourrait-il y avoir de plus simple ou de plus important ? »

L’empereur s’inclina avec gratitude devant le vieux maître et partit en paix.