Histoire du Mei Hua Zhuang

Écrit par Pr. Yan Zijie - traduit par Ren Junmin

Mots-clés : culture, histoire

Publié 01/01/2000

Entre la fin du XVIe et la moitié du XVIIe siècle, période de transition entre la dynastie des Ming et celle des Qing, la Chine a connu de nombreuses difficultés : guerres civiles et banditisme dans les campagnes, et catastrophes telles qu'inondations, etc.

Les paysans ont donc eu impérativement besoin des arts martiaux afin de fortifier leur corps, se défendre et ainsi pouvoir vivre dans ces conditions difficiles. Dans ce contexte, le MHZ a connu un fort développement.

A cette époque, exista un maître très important dans l'histoire du MHZ dont le nom est Zhangsansheng. Après avoir appris le MHZ en 1588, il l'a enseigné à de nombreux élèves à Xuzhou, dans la province de Jiangsu. Il a été le premier à faire sortir l'enseignement du MHZ du cadre familial qui jusque là était le lieu où se transmettait secrètement le MHZ dans les campagnes.

C'est donc à partir de Zhangsansheng que le MHZ a été transmis publiquement. Puis les maîtres des générations suivantes ont repris cet héritage et l'ont transmis aux provinces de Henan, Hebei, Shandong, Shanxi….

En fait, d'après la tradition du MHZ, nous savons qu'avant Zhangsansheng existaient déjà 100 générations de maîtres. Mais comme il n'y a pas de documents écrits de cette période, le nom et les titres de ces maîtres ne sont pas connus. Pour commémorer les mérites de Zhangsansheng (il a ouvert le MHZ au public), les élèves ont défini 101 premières générations avant lui. Ainsi il est le maître de la 102e génération du MHZ.

Zhangsansheng avait lui aussi un maître mais son nom reste inconnu. Ce maître a donc été appelé Souyuanlaozhu et c'est le 1er maître après les 100 générations antérieures, Zhangsansheng devenant ainsi le 2ème maître après Souyuanlaozhu. Le nom de tous les maîtres a réellement été consigné depuis.

En effet, depuis celui-ci, les élèves inscrivent avec beaucoup de respect sur un tissu jaune d'environ 2 m² le nom et l'adresse des maîtres de chaque génération de MHZ jusqu'à leur propre maître. Ce tissu, nommé « registre généalogique de MHZ » est conservé précieusement. A chaque grande fête de MHZ, il est présenté afin que tous puissent se souvenir et rendre hommage au mérite de tous ces maîtres.

Parmi ceux-ci, beaucoup pratiquaient très bien le Wuchang [et connaissaient profondément le Wenchang. Leur travail pour les gens et le MHZ a été si important que sont encore conservés aujourd'hui leurs tombes, stèles et ouvrages et que circulent toujours dans la population des histoires sur leur vie et leurs actes.

  • Par exemple, Zhouhongyi, maître de la 3e génération et son fils Zhouwenju, maître de la 4e génération avaient atteint un très haut niveau de Wuchang et de Wenchang. Ils ont transmis le MHZ de Xuzhou (province de Jiangshu) à la province de Henan puis de Hebei. Leur rôle a été très important. Pour cette raison leurs tombes et leurs stèles sont aujourd'hui des pièces archéologiques conservés à Pingxiangxian (province de Hebei).

  • Yangbing, maître de la 5e génération est né en 1672 à Neihuangxian (province de Henan). Son très haut niveau de Gongfu lui a permis de remporter la seconde place (la première place étant celle de « généralissime ») dans une compétition nationale de l'époque. Il est ensuite devenu garde du roi Kangxi de la dynastie Qing. A sa retraite, de retour dans son pays natal, il a appris le MHZ à de nombreux élèves et a écrit en 1742 un livre « Xiwuxu » transmis jusqu'à nos jours.

  • Zhangcongfu, maître de la 8e génération dans la province de Hebei, a amélioré la pratique du MHZ afin qu'elle soit plus proche de la théorie. Ce Jiazi est le Xiaojia que nous travaillons actuellement auprès du maître Yanzijie. Les générations suivantes, après avoir encoredéveloppé le Xiaojia, l'ont transmis aux provinces de Shandong et Shanxi.

  • Hanqichang, grand maître de la 16e génération, né dans la province de Hebei, a enseigné le MHZ à l'université de Pékin. Il est le maître de Yanzijie. Son mérite dans l'histoire du MHZ est reconnupar tous les pratiquants d'aujourd'hui.

  • Yanzijie, grand maître de la 17e génération est considéré comme « Savant et Maître ensemble ». Il a appris le MHZ à l'université de Pékin dans les années 50. A la fin de ses études, il est parti travailler au Tibet pendant 18 ans. Son Gongfu profond du MHZ l'a aidé à éviter les dangers de son époque.

Depuis 1982, il travaille à l'Université de Shandong en informatique. Il a alors commencé à œuvrer profondément (« labourer et sarcler ») dans les deux domaines des mathématiques et du MHZ et enseigne avec beaucoup de patience et d'attention à ses élèves. Ceux-ci sont répandus dans toute la Chine mais également à l'étranger comme en France, aux USA, en Italie, Suisse, Israël, Allemagne, Canada, Japon, Danemark, Belgique...

Il a également écrit et publié de nombreux ouvrages sur le MHZ. Depuis quelques années, son action s'est étendue sur le plan international. Il a été invité à enseigner le MHZ en Europe, en Israël et au Canada. Il est donc amené aujourd'hui à transmettre cet art et l'ancienne culture chinoise sur la scène internationale.

Depuis son apparition le MHZ a maintenu son unité sans se diviser. Certes, au cours des milliers d'années de son existence et de sa transmission, malgré les échanges mutuels internes au MHZ, différentes évolutions dans le style et les caractéristiques de la pratique sont apparues. Ces évolutions sont en particulier dues aux difficultés de communications liées à la faiblesse des moyens de transport à l'intérieur de la campagne chinoise. Mais ces phénomènes sont considérés comme superficiels car partout, l'esprit de la pratique et la théorie sont restés toujours les mêmes.

Comment le MHZ a-t-il donc réussi à maintenir cette unité ? La raison principale est que depuis l'enseignement de Zhangsansheng, à l'intérieur du MHZ existent toujours le Wuchang et le Wenchang, le Wenchang guidant le Wuchang. Beaucoup de livres ont été écrits sur le Wuchang autour de 1744 et ont été transmis de génération en génération comme le « Huangjibaojuan », « Meiquanmipu », « Xiwuxu ». Ces documents continuent de guider le Wenchang et la pratique du Wuchang du MHZ d'aujourd'hui.

A partir de 1987, le maître Yanzijie et Luyao (un historien très connu en Chine), sont partis enquêter sur l'histoire et les activités du MHZ dans les campagnes des provinces de Hebei, Shandong et Henan. Ils ont collecté de nombreux documents historiques et textes de MHZ de très grande valeur. Leur étude et analyse ont montré que les élèves du MHZ avaient déclenché et dirigé « la rébellion des boxers » qui s'est produite à la fin de la dynastie Qing (1889-1900).

Ils ont alors présenté leurs recherches à une quarantaine d'historiens lors d'un colloque international en 1990, puis ils les ont emmenés visiter les lieux d'origine du MHZ - dans les campagnes de la province de Hebei - où ils ont pu assister à des démonstrations de MHZ. A partir de là, la réputation du MHZ s'est répandue dans le monde entier et a attiré l'attention des historiens et des milieux culturels et sportifs. Après la rébellion des boxers, le MHZ a été fortement réprimé et à nouveau il s'est transmis secrètement à l'intérieur des campagnes. Jusqu'à une époque récente, il était encore interdit par l'Etat.

Aujourd'hui, grâce au travail du Pr Yan Zijie, le MHZ redevient actif dans les provinces du Nord de la Chine et entre véritablement dans une période où il pourra se développer vigoureusement.